Le dernier Vodianoï, de julien Heylbroeck

Si le nom de Julien Heylbroeck vous dit quelque chose, c’est que vous peut-être l’avez croisé à l’occasion d’un salon SF ou Fantastique, à une rétrospective-marathon de Roger Corman ou à un meeting où on lève le poing et descend de la bière tiède. Plus simplement, vous avez peut-être lu une de ses nouvelles ou son roman Stoner road (Actu SF). Peut-être avez vous lu Garbage rampage, écrit par son double maléfique, co-fondateur des éditions TRASH. Ou alors vous êtes pote sur Facebook car vous partagez les mêmes goûts pour les plats végétariens, le rock et les chœurs de l’armée rouge, les films de série B, les rats et les grosses barbes.

Chronique garantie sans spoiler ! Promis juré, si je mens je vais en Sibérie.

Quand on lit le 4ème de couv’ du dernier Vodianoï (je sais, il ne faut jamais lire les 4ème), on se dit que ce roman a tout de l’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) et que c’est marrant parce que son éditeur s’appelle OVNI éditions. Je ne connaissais pas et ils maîtrisent l’art du teasing à la perfection. Avec des patrons comme Mr X et Mrs Smith, en même temps, rien d’étonnant. Leurs ambitions sont élevées et ça me plaît.

Il ne faut pas détruire la culture. Pas la bonne. Il faut la propager. Encore, et encore. Afin que tout le monde en profite. C’est ce pour quoi nous sommes là.

Et nous y resterons. Longtemps. Soyez-en certains. Parce que nous voulons y croire. (Mr X)

Voilà donc une maison d’édition jeune et singulière, un auteur intéressant et un pitch à faire baver un apparatchik (dans l’URSS de 1937, le camarade Staline a fondé une agence secrète chargée de traquer et d’éliminer des créatures ancestrales). Largement de quoi me faire pré-commander l’objet du crime.

J’ai reçu le bouquin en temps et en heure, ce qui est un bon point (à noter que la lettre n’avait pas été ouverte par la censure, le FSB ou la NSA). Le deuxième très bon point, c’est la qualité de l’objet. C’est un vrai beau livre. La couverture (signée par ARRO) est splendide et pile dans le thème, l’illustration intérieure est tout aussi réussie, la qualité du papier et de l’impression prouvent que les éditeurs ont l’amour du travail bien fait et le sens du détail. Étant sensible à ces arguments, je me suis lancé dans la lecture avec un à priori très positif.

Je n’ai pas peur de dire ce que je pense, et tant pis si on vient m’embarquer pour trahison envers la Mère patrie !

Je vais directement à la conclusion : Le dernier Vodianoï est un vrai bon bouquin. L’auteur parvient à nous tisser une bonne histoire de Fantasy. Je ne suis pas particulièrement fan de Fantasy, mais le cadre historique réel dans lequel elle s’inscrit lui donne une toute autre dimension. C’est là que réside le principal intérêt du livre et c’est ce qui fait sa force (aucun rapport avec la force d’un certain film sorti récemment). L’intrigue se révèle somme toute banale, en tout cas classique dans son déroulement et son dénouement. Mais ça ne me gêne pas. En tant que lecteur, j’attends surtout d’un livre qu’il me transporte. Je ne suis pas fan des intrigues à tiroir ou des enquêtes façon Agatha Christie. En guise de voyage, Julien Heylbroeck nous embarque pieds et poings liés dans la jeune Russie de 1937. Il nous invite à côtoyer les plus grandes personnalités du parti, dont Beria et Staline himself. On voit qu’il maîtrise son sujet et qu’ils s’est très bien documenté. Les nombreux détails de la vie quotidienne des Moscovites qui émaillent le récit sont fascinants et renforcent le contraste existant entre la réalité et la fiction. Le théâtre des illusions qu’était le parti communiste est mis à nu, les masques tombent, par l’action des créatures imaginaires qui tissent la trame de l’intrigue. La paranoïa s’installe et la tension qui va avec monte graduellement. La première partie du livre se lit d’une traite et se révèle jubilatoire pour les férus d’histoire (qui acceptent que l’on joue avec) dont je fais partie.

Mais comme je l’écrivais plus haut, l’intrigue en elle-même est classique, sans véritable surprise, et la seconde moitié du roman se déroule un peu en mode automatique. J’aurais préféré que le nœud dramatique majeur (pas de spoiler j’ai dit !) intervienne plus tard dans le récit, prolongeant l’expérience de cette plongée en Russie autocratique qui m’a vraiment passionné, davantage que le conflit interracial qui bien qu’intéressant sur le fond, était un peu plus convenu. Heureusement, le dynamisme du récit, les très bonnes phases d’action, la qualité générale de l’écriture (quelques phrases m’ont semblé un peu longues, mais ce n’est que mon avis) et surtout l’inventivité (le bestiaire est hallucinant) d’un écrivain inspiré par son sujet, qui n’a pas eu peur de se lâcher et de laisser libre cours à son imagination fertile, font de ce dernier Vodianoï une très bonne surprise et une excellente façon de commencer l’année. Et puis Raspoutine et Baba yaga, quoi.

Je laisse le mot de la fin à l’auteur :

Pour l’anecdote, ce roman revient de loin. A la base, j’avais proposé ce roman à un éditeur qui a flashé sur le récit et son découpage. Avant de finalement me demander de tout situer dans la Corée du Nord futuriste, avec une héroïne en lieu et place de héros car il avait déjà écrit sur une URSS féérique.
Comme à l’époque, je débutais et que parole d’éditeur était parole d’évangile, j’avais tenté le coup (le résultat n’était d’ailleurs pas trop dégueu). Puis, le projet ne s’était finalement pas concrétisé. J’étais alors reparti sur mon délire initial.
Aujourd’hui, je ne le regrette pas une seconde !

Nous non plus, camarade ! Sus aux créatures rétrogrades !


Le dernier Vodianoï, de Julien Heylbroeck. OVNI éditions. 416 pages. 19,90€.

Le blog de l’auteur : http://loeilcannibale.blogspot.fr/

 

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