Matin brun, de Franck Pavloff

Vous vous réveillez un matin et vous découvrez que vos vêtements ont disparu. Votre garde-robe contient les mêmes habits que vos voisins. Vous allumez la radio qui diffuse sur toutes ses ondes les mêmes discours officiels, qu’aucune voix subversive ne vient contredire. Votre bibliothèque a rapetissé et ne comporte qu’une poignée de livres publiés par le même éditeur, écrits par les garants de la ligne de pensée autorisée. La télévision diffuse les mêmes messages lénifiants et des programmes idiots visant à vous divertir. Vos enfants vous semblent sortis d’un vieux magazine en noir & blanc. Ils sont si silencieux, si propres, si disciplinés que vous en éprouvez un malaise étrange. Vous les emmenez à l’école puis vous vous rendez à votre travail. Tout est calme. Tout le monde est habillé de la même manière. Tout le monde a le même visage, la même coiffure. On discute de tout et de rien, de futilités. Des policiers patrouillent à chaque coin de rue pour garantir votre sécurité. Les caméras de surveillance s’assurent que vous ne quittez pas les chemins balisés. votre téléphone est sur écoute. Vos historiques Internet sont tracés et stockés. Tout est parfait. Pas de contradiction, pas de réflexion, pas d’excentricité, pas de liberté. Vous êtes en sécurité. Vous êtes en dictature. Vous n’avez rien vu venir. Parce que les dictatures s’installent souvent de manière lente et pernicieuse, peu à peu, dans les interstices des démocraties fissurées, comme un virus qui gagne un organisme affaibli.

En 1998, l’écrivain Franck Pavloff, parce qu’il ressentait « le goût impérieux de bousculer les barbelés et les pensées confisquées », écrivit “Matin brun”. Il se propose d’illustrer le cheminement et l’installation d’un régime politique dictatorial en 11 pages. 11 pages qui décryptent de manière admirable un mécanisme prévisible, implacable et terrifiant. Écrit il y a 17 ans, cet apologue prend aujourd’hui un goût de réel qui fait naître la nausée. Il n’y a pas de remède miracle à cette maladie qu’est le fascisme. Les seuls garants de la liberté, de la démocratie et de la République sont l’éducation et la culture. La victoire des extrémistes est avant tout une défaite des intellectuels et des artistes. Lisez “Matin brun”. Il coûte 2€. Achetez-le. empruntez-le. Faites le tourner. Planquez-le dans les bibliothèques, dans les écoles, dans les rayons des supermarchés. Faites le lire à vos enfants et parlez-en avec eux. Discutez. Critiquez. Parce que vous pouvez être certain que d’ici quelques temps, vous n’arriverez plus à le trouver dans certaines régions. Ou que ça n’intéressera plus personne. Parce que vous vous réveillerez un beau matin et que tout vous semblera tranquille, calme, silencieux comme une tombe.


“Matin brun”, de Franck Pavloff. Éditions Cheyne, 1998. 11 pages. Disponible dans votre crémerie, dans certaines régions ou sur le site de la Fnac.

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