Soleil levant, première partie : Kyoto

Le Japon.

Qu’est-ce que ça vous inspire ? Comme ça, sans réfléchir, pensez à une dizaine de mots.

Washlets

Même les chiottes sont high-tech.

Je parie que dans le lot il y a “sushis”, “nationalisme”, “empereur”, “pervers”, “fourmi”, “foule”, “néons”, “mangas”, “baguettes”, “jeux vidéo”. Si ce n’est pas le cas, c’est que vous êtes vous-même allés au Japon ou que vous naviguez loin des clichés. Sinon, ne vous en faites pas. Le pays du soleil levant est très loin de nous, à tous points de vue. En distance kilométrique autant qu’en philosophie de vie. Pourtant, il suffit de s’y rendre pour réaliser que cette distance est bien moins grande qu’il n’y parait. Et que nos idées reçues sont pour la plupart à côté de la plaque. En dix jours, il est illusoire de penser qu’on peut comprendre un pays et ses habitants. Néanmoins, ce voyage a constitué une bonne approche et nous a permis de nous rendre compte que ce que nous pensions connaître du Japon était bien loin de la réalité. Bien sûr, on a mangé des sushis, on a vu des mangas, on a été éblouis par les néons, hallucinés par le high-tech et l’organisation et la discipline des Japonais nous ont époustouflés. Mais nous avons aussi découvert un pays qui baigne dans le spirituel, nous avons redécouvert son histoire et mis en perspective les 260 années passées hors du monde, lors de la période de sakoku (isolement national) décidée par les Tokugawa. Nous avons découvert une gastronomie riche, variée et excellente où le sushi n’est qu’un plat parmi d’autres, et surtout nous avons savouré le calme, la politesse et l’extrême courtoisie des habitants. Autant de qualités qui trouvent leur contrepoint dans leurs rapports sociaux internes, notamment au travail, et dans des codes qui nous semblent forcément étranges : des armées de salary men en costard qui marchent en file indienne, des gens qui portent des masques de chirurgie afin de ne pas refiler leur rhume aux autres, une pression et une exigence qui poussent à l’isolement et aux délires les plus excentriques voire les plus improbables. Un pays à la fois loin et proche, qui ne peut laisser indifférent mais qui n’est pas illisible. En dix jours, il est par exemple assez simple de maîtriser un vocabulaire de base. (bonjour, merci, au revoir, où est… je suis français…)

Kyoto

Des lapins en kimono

Jour 1 : Kyoto

Nous avions choisi de limiter notre voyage à Kyoto et Tokyo, avec une excursion vers Nara et une autre vers le Mont Fuji (Fuji-San). Commencer par Kyoto, réputée calme et tranquille, nous avait semblé préférable à la frénésie (supposée) de Tokyo. L’arrivée dans un pays aussi lointain se fait toujours dans une forme de délire à demi halluciné, la faute en grande partie au voyage (20 heures en tout, de porte à porte) et au décalage horaire. (7 heures en été, 8 en hiver) Pas de mauvais surprise. L’atterrissage au Kansai international airport (KIX pour les intimes) s’est fait sans soucis, la navette qu’on a avait réservé jusqu’à Kyoto était bien là. Le chauffeur nous a juste expliqué qu’il ne pourrait pas nous laisser devant la porte de l’appartement mais quelques rues plus loin, parce que le minibus ne pouvait pas passer dans les ruelles étroites.

Kyoto

Une rue à Kyoto

Kyoto

Vue depuis notre logement

Un peu d’histoire : fondée au VIIème siècle , Kyoto fut la capitale de l’empire de 794 à 1868. Située dans la région du Kansai, elle reste fameuse pour ses temples, son calme et ses geishas. (à ne pas confondre avec les jeunes filles en kimono, qui sont simplement des jeunes filles en kimono. Les geishas sont expertes en arts Japonais, danse et chant, et traditions ancestrales.) Elle est peuplée d’environ 1.5 millions d’habitants et est toujours appelée la capitale de l’ouest.

Arrivant en début de nuit et gentiment décalqués, on a surtout cherché un endroit où manger avant d’aller s’écrouler. Le quartier n’était pas du tout touristique mais très joli, constitué de ruelles d’un calme et d’un silence apaisants après ces heures d’avion. On a dégotté un petit restau et prenant notre courage à deux mains, en avons franchi la porte en lançant un timide “Konnichiwa” agrémenté d’un grand sourire. Le restau était tout petit, étroit, constitué du plan de travail du cuisinier et d’un bar en bois où s’accoudaient quelques jeunes étudiants. Le chef ne parlait pas anglais et il nous désigna ses plaques de cuisson, des demi-ronds de la taille d’une balle de golfe, en nous faisant comprendre qu’il ne cuisinait qu’une seule sorte de plat. La compréhension s’arrêtait là et on était quelque peu perplexes. Mais bon, on nous avait prévenu que les Japonais parlaient peu anglais. C’était sans compter la femme du chef, qui se tourna vers nous et nous demanda dans la langue de Molière :

— Vous êtes Français ?

Elle avait vécu dix ans à Paris. Ce qui nous a permis de comprendre que le voyage serait peut-être plus simple que prévu et que le plat unique préparé par le chef était des “Takoyaki”, des boulettes faites avec une sorte de pâte à crêpe et fourrées de morceaux poulpe. Ok, go pour les Takoyaki alors. Hé bien, c’est excellent, et la vision du chef expert en maniement des baguettes (je ne connais pas le nom exact) utilisées pour retourner les boulettes constituait un véritable spectacle. La bière était bonne aussi. Comme c’est d’usage au Japon, la première commande en a entraîné d’autres et on s’est couchés en se disant que toute cette histoire commençait très bien.


Jour 2 : Kyoto (Higashiyama nord et sud)

Kyoto

Un temple au hasard d’une rue

Si vous envisagez de vous rendre à Kyoto, débrouillez-vous pour louer des vélos. C’est LE moyen de locomotion idéal. La ville est certes grande, mais pas assez pour vous épuiser. Contrairement à ce qu’affirment les guides, elle n’est pas si plate, par contre, et les vélos Japonais sont dépourvus de vitesses, alors c’est par moments un chouia physique. Rien d’insurmontable, je vous assure. Deux jours en vélo nous ont permis d’appréhender les principaux spots de la ville, notamment le chemin de la philosophie et ses nombreux temples. Des temples, vous allez en voir. Il y en aurait un peu plus de 1000 disséminés dans la ville, plus ou moins connus et touristiques. C’est bien simple, si vous vous enfoncez sur un chemin de traverse – et je vous encourage à le faire, si vous avez un plan vous ne serez jamais perdu, contrairement à ce qu’affirment les guides (j’utiliserai désormais l’acronyme CACLG pour ce cas de figure qui est appelé à se répéter) – vous tomberez inévitablement sur un temple. La plupart sont somptueux, tous bien entretenus, et très souvent entourés de jardins superbes.

Kyoto

Jardin du Ginkaku Ji

Kyoto

Jardin du Shoren in

Les jardins, parlons-en. Ils peuvent être de 2 sortes. Les jardins Zen sont destinés à la contemplation et au calme. Calme qui sera bien vite troublé par des hordes d’américains qui parlent trop forts, mais il vous suffira de vos yeux pour savourer l’harmonie et la perfection des lieux. Les jardiniers travaillent à la pince à épiler, c’est pour dire. Les autres jardins sont ceux que l’on traverse à pas lent sans s’arrêter et qui figurent une partie du Japon. Ainsi, tous les arbres, étangs, ponts et rochers que vous trouverez ne sont pas là par hasard : ils représentent un lieu du Japon. Ces jardins, on s’en est vite rendus compte, ne sont qu’une des nombreuses preuves de l’attachement quasi obsessionnel des Japonais à la perfection. Le travail bien fait. Le soucis du détail. Ils constituent là-bas un art de vie, rien de moins. Achetez une babiole à 150 yens (environ 1€) et ils vous l’emballent avec le même soin que si elle coûtait 100 fois ce prix. Les rues sont impeccables, il n’y a aucun déchet par terre, tout est propre. Je vais vous avouer : c’est super agréable. Vraiment.

Kyoto

Cimetière à Higashiyama nord

Et les vélos, dans tout ça ? Pas trop dur, avec la discipline de fer qui régit les règles de vie ?  CACLG, les Japonais font n’importe quoi, une fois assis sur leur vélo. Ils roulent à droite, à gauche, sur le trottoir ou sur la rue et ils ne portent pas de casques. Feux rouges, feux verts, peu importe. Si vous êtes piétons, faites attention, parce qu’ils ne regardent pas où ils vont. On est loin, pour le coup, d’Amsterdam ou de Munich où chacun respecte scrupuleusement le code de la route. En définitive, le vélo à Kyoto, c’est fun, rapide, pas cher, leurs antivols sont super pratiques (ils sont intégrés aux roues) et ils portent des noms rigolos, comme Mimolette.

Et sinon, les temples ? Ils sont superbes, très différents de ce dont on a l’habitude en Europe. Ça change des cathédrales gothiques et des églises romanes. Certains grincheux diront qu’on est loin de la magnificence de la renaissance et des chefs-d’œuvre Florentins. Les comparaisons me sembles inappropriées. Les bâtiments européens étaient conçus pour durer des millénaires, à l’image de Dieu. Or si les Japonais sont très pieux, ils ne vénèrent aucun Dieu. Le shintoïsme et le bouddhisme (croyances revendiquées par 85% de la population) sont basées sur des principes philosophiques plus que religieux, et fondés sur la croyance que rien n’est éternel : tout meurt un jour. (Mais le bouddhisme, à l’inverse du shintoïsme, porte le principe de la continuité à travers la réincarnation) C’est pourquoi la plupart des temples sont bâtis en bois plutôt qu’en pierre. Tous les 25 ans environ, ils sont rénovés par des maîtres artisans qui se transmettent leur art de génération en génération.

Kyoto

Kinkaku Ji, le pavillon d’or

 

Kyoto

Heian Jingu

 

Kyoto

Nanzen Ji (sans Scarlett Johansson)

Kyoto

Chion in

Bien entendu, il est possible de pénétrer dans l’enceinte même des temples. Vous y croiserez des Japonais venus méditer ou prier et des touristes plus ou moins délicats. En ce qui concerne le parcours du temple, l’entrée se fait par le Torii, une grande porte en bois, pierre ou métal, qui ouvre sur un sentier menant au temple proprement dit.

Kyoto

Torii du Heian jingu

Avant de pénétrer dans l’enceinte du temple, il convient de se purifier de manière symbolique en se passant les mains sous l’eau.

Kyoto

Rituel de l’eau

L’intérieur des temples vaut le détour et la poignée de yen (environ 500) qui vous sera demandé, alors n’hésitez pas. Des casiers sont disposés à l’entrée pour ranger vos chaussures. Enlever ses chaussures sera d’ailleurs l’usage dans nombre de restaurants ou si vous êtes invités chez des Japonais.

Kyoto

Intérieur du Shoren in

L’itinéraire que nous avons suivi, depuis le nord d’Igashiyama, nous a conduit à proximité du quartier de Gion. L’ambiance y est fort différente puisque c’est le quartier des boutiques et des restaurants, traversé des plus grandes avenues de la ville. C’est un peu étrange de quitter le calme des jardins et des temples pour plonger dans cette frénésie (toute relative, ce n’est pas New York ni Tokyo). Gion est un quartier célèbre pour ses geishas. Bon, autant vous le dire tout de suite : soit on ne les as pas vues (elles sont discrètes et peu nombreuses), soit on ne les a pas reconnues. Quoi qu’il en soit, un grand nombre de jeunes Japonais étaient habillés en kimonos, et franchement, ça en jette.

Kyoto

Intérieur du Shoren in

Tout ce vélo et ces visites nous ayant donné faim, on s’est fait des sushis et du poisson grillé en buvant de la bière. Le restau, un Isakaya (taverne) haut de gamme, était très joli, très grand et pas très bon marché, mais excellent. Pendant que vous êtes assis sur des tabourets, face au comptoir, les chefs préparent vos commandes sous votre nez. Vous en mangez trois, vous en recommandez, et ainsi de suite jusqu’à ce que votre estomac ou votre porte feuille vous dise stop. A côté de nous, des salary men quinqua se vidaient des pichets de saké en reniflant et en rotant. Typique et unique.

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Des sushis en plastique. Ces présentations sont systématiquement placées en vitrine des restaurants Japonais. Elles sont ultra réalistes et coûtent une fortune !

 

Kyoto

Sushis plastique


Jour 3 : Kyoto (Arashiyama)

On reprend Mimolette et c’est reparti pour un tour ! Cette fois, on traverse toute la ville vers l’ouest et le quartier d’Arashiyama. Une fois de plus, on se félicite d’avoir des vélos. Bien sûr, le réseau de bus est performant (comme tout au Japon !), mais la météo était au top (25°c en octobre) et les petites rues tellement agréables qu’il aurait été dommage de ne pas en profiter. Sans compter qu’en cas de petite soif, il y a un distributeur de boissons à tous les coins de rue.

Arashiyama est indispensable. C’est en fait un parc immense, avec de nombreux temples, jardins et la très célèbre bambouseraie qui pour tout dire, nous a un peu laissés sur notre faim. Elle n’est pas si gigantesque et la foule de touristes enlève beaucoup à la magie du lieu.

Kyoto

Bambouseraie d’Arashiyama

Kyoto

Arashiyama

Kyoto

Lotus à Arashiyama

Kyoto

Escaliers à Arashiyama

Le soir, on a mangé des Udon et des Soba, des nouilles dans un bouillon avec différentes garnitures. Un régal. Et en plus, il faut faire du bruit en aspirant les nouilles ! Et comme il est très malpoli de se moucher au Japon et que le bouillon est brûlant, on en vient vite à renifler comme un damné. Ça me manque déjà.

Kyoto

Udon (nouilles de froment)

A bientôt pour la suite de ce carnet de voyage ! Prochaines étapes : Nara puis Tokyo…

3 Commentaires le Soleil levant, première partie : Kyoto

  1. excellent reportage. Tu donnes envie d’y aller!

  2. Kyoto devait être la deuxième ville à subir le bombardement atomique. Mais le secrétaire US à la guerre Henry Stimson tenait à préserver ce grand centre historique et artistique qu’il avait visité avant la guerre. Nagasaki remplaça Kyoto dans la liste (page 792, 1937-1947 La Guerre-Monde I, sous la direction de A Aglan et R Frank, éditions Folio)

  3. Très bien écrit, voila bien ce que j’ai resenti de mon voyage.

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