Soumission, de Michel Houellebecq

Un insoumis, voilà ce que je suis en tant que chroniqueur, je lis et je chronique ce qui me chante, je suis un rebelle, ouèch mon frère, un déglingo, je fais ce que je veux, et si je veux lire du Houellbecq hé bien j’en lis, et alors, t’es pas content, qu’est-ce que ça peut me faire, pourquoi je fais des phrases avec des virgules et sans points, c’est pour me la péter écrivain Français top seller. L’écrivain Français top seller est soumis à une multitude de dogmes, bien pire qu’un ayatollah : il doit manger rue Saint-Benoît, boire un café aux deux magots, serrer des mains molles et moites, faire la bise à des attachées de presse en burn out, donner des interviews quatre fois par jour, laisser les photographes envahir son espace privé et donner l’impression qu’il est un génie et un salaud et le digne hériter de Céline. Voilà le plus difficile : créer son personnage et le faire évoluer sur cette scène factice, hypocrite et auto-centrée de l’édition Française. Ce qui explique sans doute le faible nombre de pages de “Soumission” : 300 pages (et 300 pile-poil, à la phrase près, d’ailleurs je soupçonne Flammarion d’avoir fait pression pour atteindre la barre symbolique, 300 c’est plus vendeur que 299), et encore, en tirant large, il faudrait ôter 100 pages de verbiage et de bla bla pompeux. Bon, voilà pour l’introduction, vous allez croire que je n’ai pas aimé “Soumission”.

En réalité, je ne peux pas dire ça. La plume de Houellebecq est admirable, magnifique. Ses mots coulent tout seul, avec une telle fluidité qu’on a l’impression que c’est facile. Là, il y a du génie, il faut bien le reconnaître. Donner l’illusion de la simplicité, voilà ce qu’il y a de plus difficile à maîtriser pour un écrivain. De tous les écrivains Français top-seller, Houellebecq est le plus talentueux, et de très loin, aucun doute là-dessus; mais ça, on le savait déjà. En même temps, c’est pas trop difficile, vu le niveau global des écrivains du top 10. Le véritable problème, c’est le fond. Du calme, je ne vais pas raviver le débat sur le prétendu racisme et la paranoïa islamophobique de l’auteur. Je ne le connais pas personnellement et je pense que tout ce cirque fait partie d’un plan marketing savamment étudié. Les polémiques font vendre. “Soumission” a été commenté à droite et à gauche, on a prêté à son auteur toutes sortes d’intentions. Je n’ai lu qu’une œuvre fade, creuse, où affleurait une dépression et un ennui profonds, le vide d’une vie sans passion, la peur de la vieillesse et les regrets des rêves oubliés. Les discours sur l’effondrement de l’Europe et de la France sont tenus par les personnages d’un récit fictionnel (science-fictionnel, même, puisque se déroulant dans 7 ans). C’est là que les analyses de diplômés bac +5  en analyse littéraire me dépassent. “Soumission” est une fiction, un roman, et pas une analyse sociologique, politique ou religieuse.

La première partie du roman est fluide, ça se lit tout seul même si ce n’est pas très intéressant. Le personnage principal est brillamment décrit mais c’est un énième quinqua cultivé, solitaire et cynique qui se tape des escorts girls et boit du rhum pour combler le profond ennui qui l’afflige. Rien de neuf là-dedans. Au fond l’auteur ne prend pas de risques et reste sur un sentier balisé. Sur la forme, j’ai d’abord été un peu étonné par les passages porno façon Brett Easton Ellis, mais ils sont là pour illustrer la (prétendue) décadence d’un mode de vie amoral. Le héros du roman s’accroche aux basques d’un écrivain mort depuis un siècle et dont personne ou presque n’a rien à foutre. L’Islam arrive à point nommé pour combler ce vide sidéral. La vision caricaturale et ridicule que le héros s’en fait du moins, à savoir la possibilité fascinante d’avoir une femme de quarante ans pour lui mitonner des petits plats et une autre de quinze sur laquelle il peut défouler ses pulsions pédophiles et perverses.

“Soumission” est un récit de fiction qui prétend jouer avec les peurs de notre société. Il cherche surtout à vendre en reprenant les thèses à la mode, celles de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour. Le récit cumule les poncifs, n’invente rien et reste trop sage et trop politiquement correct, malgré tout le foin qui a été fait. L’auteur a voulu choquer et déranger. Il m’a surtout fait bailler. Au final, le récit mouline dans le vide. Le lecteur se retrouve dans la même position que ce héros qui “pénètre et encule” des prostituées pendant des heures sans en tirer aucun véritable plaisir. Sans passion ni conviction. Comme ces hommes politiques prêts à tout pour être élus et conserver le pouvoir, les écrivains top-sellers vendraient leur mère pour gagner 1000 boules de plus et leurs éditeurs les y encouragent. “Soumission”, c’est donc beaucoup de bruit pour pas grand chose et une nouvelle preuve que le paysage littéraire Français aurait besoin d’un sérieux coup de balai.

3 Commentaires le Soumission, de Michel Houellebecq

  1. Pareil. Bien, vu bien dit : après, je suis pas un pro de Houellebeck non plus. Comme Xavier, j’ai lu que quelques pages (une nouvelle avec un type qui se branle devant le minitel rose… c’était au début de sa carrière), et puis chuis passé à autre chose. Mais c’est sûr que, si j’avais djà pas l’intention d’y fourrer le nez dedans, j’aurai pas changé d’avis…

  2. tu sais mettre les mots qu’il faut. Les polémiques sur ce livre étaient superficielles mais ça fait vendre! De la mauvaise science -fiction et un fantasme pour l’auteur.

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