Nina : Autopsie d’un meurtre

Nina est un meurtre avec préméditation. Qui est la victime ? vous demandez-vous. En réalité, il n’y pas une victime, mais des millions. Ce sont les cellules grises du téléspectateur. Regarder Nina, c’est s’exposer en même temps au surdosage (de débilité) et au manque (d’intelligence). Je ne pouvais donc pas passer à côté de l’occasion de décapsuler pour vous ce… cette… comment dire… Les mots sont impuissants et mon langage trop châtié pour que je vous dévoile le fond de ma pensée. “Résidu de Flexiseal” me semble trop faible, “conglomérat de matières issues d’un lavement par voie haute” trop doux.

Nina nous propose une immersion dans l’univers hospitalier par le biais de Nina, une infirmière, dont je n’ai pas trop compris si elle était diplômée ou élève, mais enfin,  les scénaristes s’en foutent. Nina, c’est un peu un mélange entre Beverly hills et Sous le soleil, transposé dans un hôpital de science-fiction, imaginé par un gosse de 13 ans bourré de graisses saturées, de glucose et dont le cerveau serait relié à TF1, BFM et Fox TV.

L’hôpital où travaille Nina est propre, c’est ce qui saute aux yeux en premier. C’est blanc et clean. Heureusement, il y a une infirmière black, parce que c’est politiquement correct. Sans doute une histoire de quotas… En tout cas, les murs et les sols sont propres (bravo aux ASH invisibles), les tenues sont impeccables, pas de plis ni de taches, (même pas de tâches propres). Même les malades sont nickel, il ne faudrait pas effrayer le téléspectateur. Tout ce beau monde semble réfugié d’une pub de L’oréal ou Narta. (“Nina, fraîcheur Narta”) Ils sont passés de l’écran de la pub à celui de la série sans froisser leurs fringues. On sent presque leur parfum, leurs cheveux restent bien coiffés en toutes circonstances. Les lumières sont dignes d’une production de ce calibre, c’est-à-dire minables, et les acteurs sont pathétiques. Ils n’y sont pour rien, les pauvres. Ils jouent ce qu’on leur demande de jouer. Ce n’est pas le malade imaginaire, c’est le soignant imaginaire. Allô ? Est-ce qu’il y’a un scénariste dans le studio ?

Voilà un hosto où les soignants ne foutent rien. Ils discutent, ils se promènent, ils… Je ne sais pas ce qu’ils font, au juste. Personne ne le sait. Pas même les idiots qui les ont créés. Ils passent la journée à ne rien faire. (d’où leurs tenues impeccables) Ah ça, du blabla, il y en a. Dommage que les dialogues, consternants de bêtise, soient issus du logiciel automatique “Scénariste 2.0”. Ah bon, ce n’est pas le cas? Vous plaisantez ! Vous voulez dire que ce sont des gens, de vrais gens, des êtres humains, qui ont écrit ça ? Et vous me dites que d’autres humains les ont payé ? Et qu’ils ont mis encore plus de pognon pour filmer le tout ? “Docteur, c’est grave ? – Terriblement grave, mon petit. Il faut opérer d’urgence. Je préconise une amputation de l’encéphale. – Mais c’est horrible, docteur ! Le patient va souffrir ! – Rassurez-vous, mon petit. Il est cliniquement mort. Il ne sentira rien.”

Tous les poncifs et clichés du genre sont présents, exploités, mis en valeur : Notre héroïne Nina, pourquoi voulait-elle devenir infirmière, à votre avis ? Hum ? Ce métier dégradant et indigne ? Parce qu’elle voulait être utile à la société, parce qu’elle avait tant d’empathie envers ses congénères qu’elle ressentait le besoin incoercible de les aider, de se porter à leur chevet ? Parce qu’elle croyait en la civilisation, en une société plus juste, plus égalitaire, un monde où chacun aurait le droit de bénéficier  de soins de qualité ? Peuh, allons ! Hé ho ! Mais non ! Nina ne voulait pas devenir infirmière ! Elle rêvait d’être médecin. Ah oui, c’est quand même autre chose, c’est plus la classe quand tu vas au restaurant et que quelqu’un s’étouffe. Mais voilà, elle est tombée enceinte. Elle a sacrifié ses études pour élever son gosse. (qui tombe lui-même malade, d’ailleurs, être soignant ne protège pas des maladies. Ou alors, c’était une punition divine parce que sa mère est devenue infirmière) Donc, Nina, femme moderne, plaque ses études pour son gosse. Ah merde, c’est Eric Zemmour qui a écrit le scénario ?

Quand on écrit sur un thème précis ou qu’on utilise comme cadre de son récit un environnement réel, la moindre des choses est de se documenter. C’est une étape préalable indispensable, c’est une évidence professionnelle, c’est une marque de respect envers son public et ceux dont on parle. Nina, elle n’a pas besoin de se documenter. Elle est au-dessus de ça, elle est omnisciente et elle sait tout. J’en veux pour preuve ce plan épique, filmé au ralenti (les cons osent tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît, disait Audiard), où des infirmières en salle de pause rigolent, courent et font tressauter leurs nattes en soufflant les bougies d’un gâteau. WTF ? Euh… Personne dans l’équipe de production n’a pensé à aller faire un tour dans un vrai hosto, histoire de ne pas se couvrir de ridicule ? Dans le vrai monde, cet hôpital serait fermé et son personnel en prison. Dans l’épisode que je me suis infligé, Nina fait tout de même passer un patient pour un toubib et l’efface des fichiers, parce qu’elle n’est pas d’accord avec le médecin. (qui a l’air méchant, mais en fait non, il bluffe, en fait il est trop kikoolol) OMG. Elle sait qu’elle est atteinte de troubles psychiatriques graves, Nina, et qu’elle va perdre son diplôme ? (Quoique je n’ai pas compris si elle l’avait ou pas, son diplôme, alors bon…) Quand aux rapports humains, ils ont été imaginés par un publicitaire qui a plus de coke que de neurones dans le cerveau. La crédibilité de cette série, ma fille de 5 ans 1/2 vous en donne le niveau : 0 +0 = la tête à Toto.

On peut rire de tout. (mais pas avec n’importe qui, disait Coluche) Oui, on peut. Même de la maladie, même de la souffrance, même de la mort. Mais pour ça, il faut du talent. Or, du talent, il y en a autant dans Nina que d’hémoglobine dans la NFS d’un patient en choc hémorragique. Prendre à la légère des sujets aussi graves que les tumeurs cérébrales, la douleur de la perte, un jeune atteint de Purpura Fulminans, c’est une insulte crachée au visage des vrais malades et de ceux qui se démènent pour les soigner. Quid de l’éthique ? De la morale ? Des questions urgentes : la refonte du système de soins, les sous-effectifs, le burn out, les violences auxquelles sont exposés les soignants ?

Le pire est l’image que cette série minable donne du monde hospitalier, particulièrement des infirmières. Une profession en souffrance, en manque de reconnaissance, sous le feu des coupes budgétaires, victime avec Nina d’une agression caractérisée. Cette sous-production bâclée pourrait n’être que médiocre, torchée à la va-vite par des types dénués de talent et d’ambition. Mais c’est encore pire : Cette série est criminelle. C’est une déclaration de guerre.

Vite, docteur, il y a une urgence ! Épidémie de debilitus profundis à France 2. Prescription : 100 mg d’Atarax pour les téléspectateurs et 3g de KCL en IVD pour les producteurs de ce… disons… méléna télévisuel colonisé à clostridium difficile. 

 

6 Commentaires le Nina : Autopsie d’un meurtre

  1. Ptdrrrrr tu m’as tué!!!! C’est exactement ça!!!! Ils se foutent de notre gueule ! Aucun vrai sujet abordé, aucune réflexion, peu de professionnalisme représentatif malheureeusement! Je ne suis pas Nina je suis Idel Chris une Idel de plus en plus en galère dans ma profession….

  2. Bonjour,
    J’aime beaucoup votre blog, vos articles sont intéressants, touchants et instructifs. Cependant je dois avouer que j’ai été déçue en remarquant deux passages faisant preuve de psychophobie dans cet article.
    En effet, vouloir insulter et/ou dévaloriser des personnes en les traitant de “malades mentaux” ou d’être “atteint de troubles psychiatriques graves” n’est pas très correct, surtout venant d’un infirmier. Je me doute que vous n’aviez pas de mauvaises intentions, pourtant cela fait passer un très mauvais message à vos lecteurs souffrant de troubles psychiatriques (hé oui, parce qu’il y’en a sûrement), mais aussi à vos lecteurs lambda.
    J’espère que vous comprendrez mon commentaire.
    Au plaisir de vous lire encore.

  3. Emmanuel DELPORTE // 25 juillet 2015 á 09:47 // Répondre

    Bonjour Mel,
    Je n’avais bien entendu nullement l’intention d’offenser les personnes souffrant de troubles mentaux ou psychiatriques. Cet article est à prendre au second degré, voire au troisième.

  4. Cette série nous touche parce nous sommes du métier, le grand public doit la trouver très bien. On trouve les mêmes erreurs grossières dans les films historiques et dans les films policiers.
    Un bon scénariste doit faire des recherches avant d’écrire, tout comme un écrivain, pour savoir de quoi il parle. C’est cette différence qui fait le talent.

  5. Je suis tout à fait d’accord avec ton article et cela m’a bien fait rire.
    Ce qui me choque dans le scénario de cette série, c’est que le script a été lu par des professionnels de santé! Je me demande combien les a-t-on payés pour qu’ils se taisent!!

    Cependant, je trouve dommage que tu n’aies pas abordé le sujet de l’étudiante complètement débile. En tant qu’infirmière en devenir, je me suis sentie atteinte doublement. Oui parce que c’est bien connu, les filles veulent faire infirmière “juste pour coucher avec les médecins”.

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