Sélection cinéma : les films de sous-marins

Aujourd’hui, j’avais établi une liste avec 20 occurrences, chacune désignant un sujet à traiter sur ce blog. Puis j’ai lancé un dé à 20 faces. Le dé m’a sorti un 2, ce qui correspondait à un échec critique dans “l’appel de Cthulhu : le JDR” et au choix “sélection de films de sous-marins” pour mon nouvel article du decapsuleur. Si vous n’aimez pas ma méthode de travail, sachez que c’est votre droit le plus strict. En ce qui me concerne, je suis un farouche défenseur de la théorie du hasard et des lois du chaos. (dommage ceci dit que le dé n’ait pas sorti un 18, qui était “sélection cinéma : les films pornographiques”. J’aurais été certain de voir l’audience de ce blog faire un bond spectaculaire) Tiens, d’ailleurs, quand j’écris mes romans, je fais pareil : j’établis une liste de personnages, de situations et de nœuds dramatiques, et je laisse les dés décider à ma place (c’est peut-être pour ça qu’ils ne sont pas publiés, mes romans). L’idée d’un roman cyberpunk qui serait ainsi écrit par des algorithmes buggués me semble prometteur et… je m’égare… je voulais vous parler des sous-marins. glou glou glou. Alors hop, embarquez avec moi et allons parcourir les océans du monde, camarades ! Tenez bon la barre, fermez les écoutilles, remplissez les ballasts avant, inclinaison 30°, immersion périscopique.

Petit rappel historique : les sous-marins sont apparus pour la première fois au 18ème siècle (le premier essai réussi remonte même à 1624, à la demande du roi Jacques 1er d’Angleterre) et en fait, on les appelait des submersibles, en raison de leur faible autonomie. En gros, c’étaient des bateaux qui pouvaient plonger ponctuellement, à faible profondeur. En 1864, Le CSS HL Hunley, sous-marin confédéré, coule un navire ennemi lors de la guerre de sécession, faisant réaliser aux stratèges l’impact potentiel de ces engins.

css hunley

Le CSS HL Hunley

Mais c’est la première guerre mondiale (notamment avec l’épisode tristement célèbre du RMS Lusitania, navire coulé par un sous-marin allemand, occasionnant plus de 1300 morts, et qui contribua à l’entrée en guerre des USA) puis la seconde guerre mondiale qui changèrent la donne, avec l’apparition des terribles U-boats de la kriegsmarine. En coupant les voies de ravitaillement anglaises, les allemands espéraient affamer l’Angleterre. La bataille de l’atlantique sera finalement gagnée par les alliées grâce au cassage du code Enigma, par une équipe menée entre autres par Alan Turing. (qui en gros, a ouvert la voie aux ordinateurs, ceux-là même qui finiront sans doute par nous buter dans quelques siècles. L’ironie du sort.) Cet épisode, d’ailleurs, a donné lieu à un excellent thriller historique de Robert Harris, que je vous conseille : Enigma, et un film correct : The imitation game.

enigma machine

Une machine de cryptage Enigma

Les U-boats ont bien failli faire gagner l’Allemagne nazie, et on a peu tendance à sous-estimer l’impact monstrueux qu’ils ont eu. C’est donc fort logiquement que toutes les armées du monde ont développé cette arme par la suite, jusqu’à en faire les fers de lance de leur arsenal nucléaire et dissuasif. Les SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) modifient les rapports de forces. Un pays doté de sous-marins capables de détruire la planète est un pays qu’on prend au sérieux. Il était tout aussi évident que le cinéma n’allait pas passer à côté de ces engins fascinants, effrayants et destructeurs. (Jules Verne l’avait compris avant tout le monde, avec son fameux Nautilus et le capitaine Nemo de 20 000 lieues sous les mers)

Il est donc intéressant de se faire un (très) petit cycle cinéma sur le thème du sous-marin. Et en gros, ça pète à tout va. Parce que ces engins servent avant tout à faire la guerre. Et puis, ils sont prétexte à des huis clos virils, où la paranoïa et l’huile de coude forment un mélange sensible. Ledecapsuleur vos propose donc la liste de films suivants, à vous faire au coup par coup ou en marathon, avec immersion dans votre canapé et conditions – presque – réelles. Au bout de cinq jours à manger des chips et boire votre urine, sans vous laver, volets fermés, téléphones coupés, vous ressemblerez sans aucun doute à un de ces marins mythiques qui ont forgé la légende des sous-mariniers.

Das boot – Le bateau, de Wolfgang Petersen, 1982.

das boot

S’il fallait n’en voir qu’un, ce serait celui-là. Décryptage quasi documentaire de la mission mouvementée du U-boat U-96 pendant la bataille de l’atlantique, Le bateau décrit parfaitement les conditions de vie, les angoisses et les combats d’un équipage à une époque où la technologie n’offrait qu’un confort rudimentaire. La longue séquence d’ouverture est grandiose : l’équipage, avant d’appareiller, fait une fête orgiaque où l’alcool et les fluides coulent à flot; marins bourrés, filles faciles : lâchez les chiens ! Les types savent qu’ils ne reviendront peut-être pas et veulent profiter de ce qui sera sans doute leur dernier jour sur terre. Une fois sous l’eau, ils font leur métier : tenter de couler des bateaux ennemis. Et surtout tenter de sauver leur peau. La camaraderie, les tensions, le moral qui dégringole, la claustrophobie, la trouille… La galerie de personnages est réaliste, crédible, et on oublie bien vite que ces hommes sont en guerre et se battent pour le drapeau nazi. Au bout du compte, ils cherchent avant tout à survivre et à s’entraider. Plus qu’un film de guerre, Le bateau est avant tout un film sur l’amitié, sur l’envie de vivre, une épopée anti-militariste. La réalisation reste étonnamment moderne, le rythme lent est parfaitement raccord avec celui de l’équipage, où de longs moments d’attente sont traversés de quelques fulgurances de panique et de terreur. Peu d’effets visuels, peu de musique d’ambiance, gros travail sur le son et le maquillage, excellents acteurs (mention spéciale à Jürgen Prochnow, qui joua entre autres Sutter Cane dans le très Lovecraftien L’antre de la folie, qui pour le coup n’a rien à voir avec les sous-marins) Un film immersif au possible ( à voir en VO, ça coule de source), rarement égalé depuis. Ah oui, au fait : il dure 3h30. Le director’s cut dure 4h30. (Peter Jackson peut se rhabiller)

À la poursuite d’Octobre rouge, de John Mc Tiernan, 1990

a la poursuite d octobre rouge

Autre style, autre époque. Adapté d’un best-seller de Tom clancy, À la poursuite d’Octobre rouge est un thriller politico-techno sur fond de guerre froide. L’ambiance est aux espions, au feu nucléaire, à la peur de l’apocalypse. Le scénario, bien ficelé, rythmé et efficace, nous balade gentiment tout en effleurant les difficultés de compréhension, de communication et de la compréhension entre deux cultures et deux pays en guerre. À travers le contact tissé par le commandant Ramius (Sean Connery, immense, dont le plaisir à jouer ce rôle est communicatif) et l’analyste de la CIA Jack Ryan (Alec Baldwin, étonnant, qui trouve là le rôle de sa vie), ce sont les USA et la Russie qui dialoguent, entravés par des jusqu’aux boutistes bellicistes et fous dangereux, qui préféreraient détruire le monde plutôt que discuter. La réalisation est impeccable, sans fioritures, offrant ce qu’on est en droit d’attendre d’un film d’action plus intelligent que musclé. La distribution est royale, avec des seconds rôles excellents. (Scott Glenn, Sam Neill, James Earl Jones) John Mc Tiernan fait partie de cette race de réalisateurs éteinte, remplacée par des tâcherons puérils et creux comme Michael Bay. Direction d’acteurs au top, ambiance oppressante, stratégies navales et tours de passe-passe de vieux loups de mer sont exaltants. Du grand spectacle de qualité, un genre qu’on ne retrouve plus guère à Hollywood.

K-19, le piège des profondeurs, de Katryn Bigelow, 2002

k 19

Vient un moment où les sous-marins coulent. Lorsque une arme de guerre ultime devient un tombeau sans issue… Lorsqu’un réacteur nucléaire se met à cracher les radiations mortelles… K-19 joue sur l’angoisse du marin condamné à mort, la claustrophobie et le film catastrophe, le danger du nucléaire, tout en exaltant – de manière maladroite, et sous couvert de critique outrancière du communisme – les notions de sacrifice et de courage. Le navire censé refléter le lustre d’une nation ne se révèle en fait être qu’un débris flottant, où les coupes budgétaires et la vanité politicienne mettent les vies en jeu. Les personnages, bien que simplement esquissés dans leur profil psychologique, et un peu caricaturaux, ne sont pas si manichéens qu’on pourrait le croire, et les apparences se révèlent trompeuses. Ce film, critiquable pour ses grosses ficelles et sa réalisation sans génie, se révèle au final une bonne surprise, plus noir, plus humain et moins creux que les premières minutes ne le laissent craindre. Les acteurs (Harison Ford, à contre emploi, et Liam Neeson) sont bons sans être géniaux, et la tension monte lentement, jusqu’à nous laisser transis d’horreur devant ce drame tiré d’une histoire vraie. Tchernobyl (la comparaison avec les “nettoyeurs” vient évidemment à l’esprit), Fukushima sont passé par là. Et la drame du Koursk rend toute cette tragédie encore plus poignante. La critique du système communiste est grossière, mais en acceptant de laisser cet aspect de côté, on est face à un drame historique à la réalisation carrée et qui marque les esprits. C’est un film de studio plus qu’un film d’auteur, et Katryn Bigelow a déjà été bien plus inspirée. (Aux frontières de l’aube, Strange days, Zero dark thirty) Mais il est à voir.

U-571, de Jonathan Mostow, 2000

Je vous déconseille de regarder le trailer ci-dessous si vous n’avez pas vu le film !

u 571

 

 

Voilà un film sympathique, plus ambitieux qu’on ne pourrait le croire. L’action se situe pendant la seconde guerre mondiale et relate la mission d’une équipe chargée de prendre d’assaut un U-boat et d’y dérober une des fameuses machines Enigma. (si vous n’avez pas lu l’intro de ce billet, je vous invite à le faire maintenant.) Le scénario de U-571 est épatant, même s’il fut vertement critiqué pour avoir transformé une authentique mission britannique en un fait d’arme américain. Je m’attendais à un film de guerre classique, sans originalité, et j’ai été vraiment bluffé par le twist de mi-scénario. U-571 est un vrai bon film, avec de bons acteurs, bien réalisé, qui lorgne sérieusement du côté de Das boot. La mission tourne mal, et le côté survie prend le dessus sur les considérations stratégiques. La dimension psychologique des personnages entre alors en jeu, et sans atteindre des sommets, on est tout de même largement au-dessus du film d’action classique. Les meilleurs passages sont évidemment ceux où l’on tremble avec l’équipage, en écoutant le grondement des bombes sous-marines qui se rapprochent. Le film est techniquement irréprochable, et on peut mesurer l’impact des évolutions techniques depuis Das boot, qui permettent de transcender l’immersion. Les graves sont à couper le souffle, pour peu que vous soyez équipés du caisson adéquat. (et si ce n’est pas le cas, mais fichtre ! Qu’attendez-vous ?) Le film a d’ailleurs remporté l’oscar du meilleur montage sonore en 2001. Les effets spéciaux surpassent ce qui avait été fait, et servent admirablement le récit. Les acteurs sont très bons. (Harvey Keitel, Matthew McConaughey, Bill Paxton, Jon Bon Jovi !) En résumé, voilà un film indispensable à tout amateur de sous-marin, et à voir pour l’amateur de film de guerre, d’action ou d’espionnage.

Abyss, de James Cameron – n’est pas un film de sous-marin, quoique… (1989)

the abyss

Abyss n’est pas un film de sous-marin puisque l’action ne se situe pas dans un de ces engins. Ok. Mais Abyss est un film sous-marin. il est en fait LE film sous-marin. Impossible de l’esquiver si l’on parle d’action située sous le niveau zéro. D’autant plus que pour une fois, nous sommes ici confrontés à des scientifiques, et non à des militaires. (enfin, des bidasses, il y en a quand même, mais ce ne sont pas les protagonistes principaux) Inutile de revenir sur le talent de compteur de James Cameron. Comme ses autres film, Abyss va à un train d’enfer, dosant habilement scènes d’action et séquences valorisant la psyché des personnages. Ed Harris y trouve un de ses meilleurs rôles. Diatribe anti-militariste, film écolo avant l’heure, avertissement sans frais adressé à l’humanité, c’est un film universel, émouvant et inventif, plus poétique qu’horrifique, qui a plutôt bien vieilli. Et en plus, il y a bel et bien un sous-marin dans le scénario. Donc ce film mérite sa place ici, et au-delà, se distingue clairement comme le film à voir pour tout amateur d’aventures sous marines. Et cela, malgré Mary Elisabeth Mastrantonio, tout de même moins insupportable que d’habitude.

Il aurait été possible de citer également USS Alabama, L’espion qui m’aimait, Torpilles sous l’atlantique…

En conclusion, il est étonnant de constater qu’il n’existe pas tant de films de sous-marins que cela, et que presque tous sont américains. Si la plupart des productions exhalent les relents de la guerre froide ou ne servent qu’à des démonstrations caricaturales, plongeant dans la série B de mauvais goût, certains d’entre eux, présentés sommairement ci-dessus, sortent nettement du lot en jouant sur les tensions psychologiques propres aux huis clos, à la fragilité relative de ces engins, à la promiscuité et aux climats de guerre.

Bon voyage, moussaillons, et souquez ferme ! Je vais relancer mon dé à 20 faces, et avec un peu de bol, le hasard va me sortir un 18…

 

2 Commentaires le Sélection cinéma : les films de sous-marins

  1. Très intéressant.
    Si vous aimez le hasard, je connais quelqu’un qui fabrique une application iPhone qui permet de contrôler un minuteur hasardeux. L’essayer c’est l’adopter (mais on peut être en retard avec ce genre d’outil) !

    • Emmanuel DELPORTE // 24 juin 2015 á 14:01 // Répondre

      Je connais cette application extraordinaire. Elle fut numéro 1 des ventes en république Tchèque, si je ne m’abuse.

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