Ftaghan’ ! “Neonomicon” by Alan Moore & Jacen Burrows

HP Lovecraft est un peu aux littératures de l’imaginaire ce que Leclerc (pas le général) a été à la vente de proximité. Parti de rien, l’épicier de quartier est devenu une institution incontournable. Si on veut manger, il faut passer par ses supermarchés. (oui j’exagère, mais ça viendra sans doute) De même, si on aime le fantastique, on se doit de lire HPL. C’est comme ça. Avec cette accroche merveilleuse, vous vous dites peut-être “mais il aime pas Lovecraft ou quoi, ce type  ?! C’est quoi, son putain de problème ??” Rassurez-vous, j’adore Lovecraft ! (inutile donc de pirater mon blog et de me véroler ma bande passante) Il serait d’ailleurs plus juste de dire que j’adore ses écrits. L’homme, je ne l’ai pas connu et je ne suis pas certain que j’en aurai eu envie. De toute façon, quand j’aime un écrivain, je m’intéresse rarement à l’homme ou la femme qui se cache derrière. Heureusement, sinon je serai passé à côté de “voyage au bout de la nuit”, qui est pour ainsi dire mon livre de chevet. Bon. La comparaison avec Leclerc (pas le général) est foireuse, parce que si l’un a connu le succès de son vivant, l’autre est mort pauvre et dans l’anonymat. Pas de bol, quoi. Parce qu’une fois que les lecteurs ont compris ses récits et ont réalisé la portée, la profondeur (arf) et la densité du mythe qu’il avait inventé, il est devenu une icone, un génie, un précurseur, une entité à lui tout seul, disons le franchement : un grand ancien. C’est toute une affaire, digne de Charles Dexter Ward.

Il y a donc moult écrivains, cinéastes, dessinateurs qui se sont emparés du célébrissime mythe de Cthulhu afin de l’engrosser, l’enfler, le détourner parfois, labourer le champ fertile des étoiles afin qu’elles s’alignent. (labourer des étoiles ?? j’ai fumé de l’herbe des contrées du rêve ou quoi ?) Autant le dire : il y a là-dedans du bon, du très bon, du moyen, et de la grosse bouse. Je ne suis pas un expert, loin de là, en savoir Lovecraftien, je le précise d’emblée. Il faudrait consacrer sa vie de chercheur en littérature pour en faire le tour. N’étant pas monomaniaque, (pas plus que chercheur en littérature)  je me penche sur certains trucs qui m’intéressent et je délaisse la majorité, faute de temps. Je précise également que je n’ai pas lu les œuvres complètes de HPL, je me suis contenté des pièces majeures; pour ma défense, ça fait déjà un beau paquet de nouvelles. (pitié, n’appelez pas l’homme en noir ! ) J’ai joué à “l’appel de Cthulhu”, le fameux jeu de rôle, auquel je pense toujours avec nostalgie. J’ai joué à “Alone in the dark” et plus récemment à l’excellent “Amnesia”, que je ne saurai d’ailleurs trop vous conseiller. J’ai chez moi, à portée de main, le jeu de plateau dantesque “Horreur à Arkham” avec l’extension “l’horreur de Dunwich” (faudrait que j’en fasse une chronique, tiens, sous forme de nouvelle, pourquoi pas, avec un joueur aspiré dans le jeu et… )

Allez, j’arrête là, le but de cet article n’étant pas de dresser un panorama de tout ce qui a été créé sur R’lyeh, mais de vous parler d’un comics scénarisé par Alan Moore et dessiné par Jacen Burrows.

Alan Moore est un anarchiste végétarien avec une longue barbe blanche. (un peu comme le père noël) Il est avant tout un Dieu vivant de la bande-dessinée, avec à son actif les scénarios de “From Hell”, “V pour Vendetta” ou l’inoubliable “Watchmen”. Jacen Burrows, quant à lui, est le dessinateur de “Transmetropolitan” et d’un tas d’autres trucs. Pour l’anecdote, le lascar a bossé sur “GTA : vice city”, que les connaisseurs considèrent comme le meilleur de la série. (si, si, n’insistez pas.) Alors vous pensez que quand ce duo là se penche sur le mythe de Cthulhu, le sang vert qui anime l’amateur de fantastique se met à bouillonner, ses yeux sortent de ses orbites, il projette ses bras comme autant de pseudopodes visqueux, écharpant les malheureux qui passent à proximité, avant de se rouler par terre en bavant et en hurlant : “YAAAAA ! SHUB NIGGURATH !! LE BOUC  AUX MILLE CHEVREAUX !!”

OK, j’exagère encore. Disons donc qu’il sort sa carte bleue, l’insère dans la fente (à propos d’insertions… bon, j’en dis pas plus) et prie pour que sa banque ne rejette pas le paiement. Puis repart gaiement chez lui, débranche le téléphone, le Smartphone, I-phone, n’importe quoi en phone et s’installe dans son meilleur fauteuil en pleurant tellement c’est beau. Car beau, ça l’est. “Neonomicon” (référence évidemment au livre maléfique “Necronomicon” inventé par Lovecraft, repris par exemple par Sam Raimi dans “Evil dead”) est d’abord un bel objet, à la mise en page parfaite. Les couleurs tombées du ciel sont belles et les dessins fort jolis. Les représentations du mythe sont classiques mais excellentes, et on a d’ailleurs droit à la fin du volume à plusieurs planches additionnelles.  L’histoire se distingue par une construction sympathique. Le prologue est en fait un véritable chapitre, certainement le meilleur du Comics. Un flic au caractère bien trempé et joliment désespéré, sorte de Max Payne sous influence, met les pieds là où il ne devrait pas. Cette longue introduction est un chef-d’oeuvre, rien de moins, époustouflant tant sur le fond que la forme et dans son utilisation du mythe.

Forcément, après un tel départ, la barre est très haute. Trop haute ? Peut-être. Disons que la suite du récit baisse un peu pavillon, et que le personnage de l’agent du FBI nymphomane est un peu tiré par les cheveux. On s’éloigne de la noirceur du prologue pour entrer dans une semi-parodie du mythe, qui exploite les côtés les plus exagérés et fantasques de Lovecraft. Ce n’est pas forcément ce que je préfère. Bien sûr, un peu d’humour n’a jamais fait de mal à personne, et les connaisseurs vont bien rigoler devant certaines scènes dégueulasses. (où il est question de profonds… et d’insertions… ça sent la vieille poiscaille… beurk) Cette partie donne à l’ensemble un côté décalé qui, bien que sympathique, risque de déstabiliser les novices du mythe. Là où beaucoup de créateurs ont joué avec l’oeuvre de HPL de manière subtile et parallèle (“L’antre de la folie”, “Alan Wake”) , Alan Moore y va avec des gros sabots (de Shub-Niggurath) et décide de carrément réinventer toutes les fondations du mythe. J’étais perplexe mais finalement, le dernier chapitre, s’il ne parvient pas à retrouver les cimes hallucinées du prologue, fait bien plus que chuchoter dans les ténèbres. J’ai trouvé que la conclusion était brillante et rafraîchissait agréablement le mythe. Le côté matrix de l’histoire n’a pas été pour me déplaire… (je veux pas spoiler mais c’est à propos du plateau de Leng, dont la seule évocation devrait pour faire frémir.)

En conclusion, si le profane a de fortes chances de rester dubitatif, comme une pauvre petite chose sur le seuil, l’amateur plus ou moins expérimenté y trouvera plus que largement son compte, et devrait en réalité être obligé de le lire, sous peine de déclencher la colère d’Azatoth. Ce qui n’est pas joli joli à voir, il faut l’avouer. Quoi qu’il en soit, c’est un comics de qualité qui ravir tous les fans de fantastique, à condition de ne pas avoir froid aux yeux. Les puristes ou extrémistes, quant à eux, brûleront cette oeuvre sacrilège qui ose égratigner leur Dieu, celui que l’on connaît comme le maître de providence. (fallait bien que le place.)


Pour aller plus loin : Voilà quelques œuvres qui me semblent indispensables. Attention, je répète que je n’ai pas un savoir encyclopédique, alors si vous avez des remarques acerbes, adressez-vous à Obed marsh, au bureau des plaintes maritimes. (parce que transatlantique)

– Les premiers tomes de “Hellboy”, de Mike Mignola.

Hellboy extrait


– “Kadath, le guide de la cité inconnue”, ouvrage collectif aux éditions Mnémos.

mnemos_kadath_1


– “Reanimator”, la BD de Florent Calvez

Reanimator florent calvez


– “L’antre de la folie”, de John Carpenter

antre de la folie

https://www.youtube.com/watch?v=_PFcOeM_Usk


– Les jeux de plateau “Horreur à Arkham” (pour les malades des livrets de règles plus gros que certaines nouvelles de HPL) et “le signe des anciens”

horreur-a-arkham

– Le jeu vidéo “Amnesia, the dark descent”


– “LE” lien francophone indispensable : http://www.tentacules.net/index.php


– “LE” lien vers lovecraftezine : https://www.facebook.com/LovecraftZine?fref=nf


Le film de  Guillermo Del Toro sortira quand les étoiles seront alignées. Mais ça n’arrivera que par-delà le mur du sommeil, alors attendez en rêvant.

1 Commentaire le Ftaghan’ ! “Neonomicon” by Alan Moore & Jacen Burrows

  1. ça y est nous avons vu l’antre de la folie il y a quelque temps, un peu vieilli côté look [normal] mais il y a des événements clés sympas. Mais rien ne vaut le bon jeu de plateau pour s’immerger et se sentir l’âme d’un héros [ou pas] pour lutter contre le Mal !

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