Avant d’aller dormir, SJ Watson : CTRL+C CTRL+V

J’y mets la meilleurs volonté du monde, et je ne demande qu’à m’enthousiasmer devant les triomphes populaires. Je suis globalement bon public et je suis prêt à laisser de côté défauts et scories si tant est qu’un livre, film, BD, jeu vidéo ou alcool, me fasse passer un bon moment. Pourtant, les livres publiés chez Sonatine ne m’ont pas fait forte impression. J’ai été déçu par RJ Ellory, dont j’ai lu deux romans. (le troisième est au fond de ma pile de choses à lire, je n’ai pas fermé la porte) J’ai été ulcéré, révolté par Le livre sans nom, objet livresque immonde que je n’ai d’ailleurs pas terminé, chose rarissime pour moi. En ouvrant le best-seller Anglais du moment, Avant d’aller dormir, je me suis donc efforcé de n’emporter ni idée préconçue ni jugement intempestif. Oui, mais. Désolé. Une fois de plus, j’ai l’impression que la fée marketing a frappé plus fort que le génie créatif. Une fois encore, la qualité littéraire est en-deçà du bouche à oreille. Me voilà perplexe.

La première page de l’édition poche nous prévient d’entrée : Ridley Scott prépare l’adaptation de ce premier roman. Manière de nous indiquer que l’on serait bien inspiré d’aimer ce livre, et d’en dire du bien. Si le grand Ridley Scott (je ne suis pas ironique, là. On parle du boss qui a réalisé Alien.) est tombé amoureux de ce thriller, c’est qu’il doit être formidable. Pourtant, je me suis demandé ce qui avait bien pu déclencher un tel enthousiasme. Hé bien, je n’ai pas trouvé la réponse.

La première page est excellente. Mystérieuse. Elle donne envie d’aller plus loin. Deux pages plus loin, on a compris le mécanisme du roman. OK. C’est intriguant, voire excitant. Au-delà de dix pages, on commence à s’ennuyer ferme, chaque début de chapitre étant quasiment la copie conforme du précédent. (Du fait du mécanisme, pourtant ingénieux, qui est le pivot du récit : l’amnésie de la protagoniste principale, qui se réveille chaque matin sans souvenir de qui elle est ni d’où elle est.) Il faut attendre la moitié du roman, soit la page 230, pour que le texte prenne enfin son envol. C’est long ? Oui. Mais pas de panique : vous pouvez sauter facilement les débuts de chapitre, puisqu’ils sont tous des copiés-collés. (j’exagère à peine) Tout le récit est prétexte à nous flanquer une conclusion extraordinaire, du genre à vous sauter à la gorge, vous obligeant à relire, incrédule, le dénouement machiavélique d’un mécanisme pervers que vous n’aviez pas vu venir. A refermer le livre et à vous dire “Waou. Grands Dieux, là, je n’avais rien vu venir. Me suis fait avoir. Bravo.” Le genre d’émotions que j’avais ressenti avec le brillant Shutter Island du non moins brillant Dennis Lehanne. Mais tout le monde n’a pas le génie de Lehanne.

Soyons juste : j’avoue avoir du mal avec les textes qui n’ont comme seul but que dérouler un tapis rouge à leur final stupéfiant. Quand je lis un livre, la fin m’importe moins que le voyage. J’attends surtout des personnages forts, profonds, qui se démènent dans des univers sombres, jamais manichéens, aux structures finement ciselés. L’intrigue, pour moi, ne doit être qu’un prétexte, un fil rouge qui guide le lecteur dans l’univers imaginé ou décrit par l’écrivain. Les finales grandioses m’importent moins que les mécanismes qui animent les personnages, leur psychologie, et la façon dont ils survivent au sein d’une société ou d’un environnement qui est en contradiction avec leurs valeurs. D’où mes goûts pour Caryl Férey, James Lee Burke, James Ellroy et tant d’autres. On est en droit de ne pas être d’accord. Vous avez le droit – heureusement, la littérature offre tous les genres – de préférer Agatha Christie.

Cette parenthèse refermée, voilà ce que je reproche à Avant d’aller dormir : D’abord, ce n’est pas vraiment un roman. C’est une nouvelle gonflée à l’hélium. On pourrait le dégraisser d’une centaine de pages au bas mots, tant certains chapitres sont redondants et alourdissent le récit. Cette longueur superflue et artificielle dilue le rythme, tue le suspense, bloque l’étonnement d’un twist final devenu prévisible depuis bien longtemps. Les personnages sont creux, insipides, à peine des esquisses, dont une héroïne écrivaine de romans à l’eau-de-rose qui m’a laissé totalement indifférent. Quant à ce décor qui m’est si cher, il est ici inexistant. On pourrait transposer l’histoire dans presque n’importe quel pays du monde sans aucun problème. L’écriture est plate, sans saveur, sans goût, des phrases mises bout à bout, CTRL+C / CTRL+V. Je vous épargne les jeux de mots douteux prenant à partie le titre du roman.

A la lecture de ce billet, on pourrait croire que j’ai détesté Avant d’aller dormir. Alors qu’en fait, non. Je l’ai lu sans plaisir mais sans me forcer. C’est le genre de bouquin qu’on trouve par centaines sur les étals des supermarchés, qu’on lit en deux ou trois jours en été et qu’on oublie deux semaines après l’avoir refermé. Je n’ai pas peur d’affirmer que j’aurai été moins dur si on ne me l’avait pas vendu à tels renforts de Ridley Scott et de notes mirifiques sur Babelio. Je suis perplexe, une fois de plus, devant une édition Sonatine. Une fois de plus, l’eau a été changée en vin, le plomb en or. Une fois de plus, un romancier et un éditeur ont pris l’ombre pour la proie. Et au final, ils ont remporté la mise.

1 Commentaire le Avant d’aller dormir, SJ Watson : CTRL+C CTRL+V

  1. Bien d’accord avec toi. D’ailleurs, l’ayant lu je ne te l’ai pas recommandé… Le “pitch” comme on dit est intéressant, mais au bout d’un chapitre on s’emmerde et comme le seul intérêt du livre est de connaître la fin on a très envie de sauter quelques centaines de pages identiques pour y arriver. J’ai trouvé ça très superficiel. Ca fait un peu trop “j’ai trouvé une astuce géniale pour mon livre mais j’ai rien à dire”… Depuis que j’ai lu la dernière édition en poche de “Des fleurs pour Algernon” où il y a une auto-biographie de l’auteur qui raconte comment il a construit son livre et trouvé la “technique” de son récit, je suis encore plus sévère sur SJ Watson qui manifestement a oublié d’être un véritable écrivain. Dommage.

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