Tetsuo II : body hammer

Les Japonais sont des malades mentaux. Pas d’inquiétude, ils en ont autant à notre égard. On ne se comprend pas. Faut dire, on parle pas la même langue, on a même pas un alphabet identique. Ils vivent sur une île grande comme l’île de Ré mais se sont construit la deuxième économie mondiale. Ils bossent comme des fous furieux. Ce qui les rend précisément, un brin tarés. Et furieux, aussi. Leurs loisirs sont à l’avenant de l’énergie démentielle qu’ils emploient à travailler : cosplay, écolières, binge drinking et porno virtuel. Leur art est pourtant sublime, riche d’une culture millénaire et guerrière, et reflète leurs fantasmes et leurs névroses. Leurs estampes étaient extraordinaires (Hokusai : les 36 vues du mont Fuji) et leur cinéma violent et contemplatif, bourré de chefs d’oeuvre, de spectres et d’un manque de foi sublime envers l’espèce humaine. (Kurozawa, Mizoguchi, Ozu, Kitano) Leurs mangas et dessins animés ont produit des bombes qui ridiculisent Pixar. (Les studios Ghibli et Myazaki, à eux seuls, pulvérisent en qualité tout ce qui se fait ailleurs en manière d’anime, ajoutez-y des œuvres immortelles comme Le tombeau des lucioles, Akira, Ghost in the shell, Perfect blue…)

Apocalypse, hyper-technologie hors de contrôle, mutations. Codes d’honneur, mangas, yakuzas, bosozokus. Le Japon reste la première et unique nation à avoir subi un bombardement nucléaire. Faut croire que les images de gosses à trois yeux et sans jambes les ont traumatisés. Un des meilleurs représentants de cette culture hystérique sous amphèt est sans conteste  Tetsuo II : body hammer. Une éternité que je l’ai vu, ce film. Pourtant, je m’en souviens très bien. Et pour cause, c’est pas vraiment le genre de vision qu’on oublie. Pourquoi j’ai envie d’en parler aujourd’hui ? Je suis en train de lire Neuromancien, la bible fondatrice de la littérature cyberpunk de William Gibson, et de multiples flashs me reviennent. J’ai le souvenir d’une image granuleuse et sale. Je crois pas que ça rende spécialement bien en 3D ou en 4K. Le mieux, ce serait une bonne vieille VHS en fumant des clopes roulées, une kirin tiède et sans bulles à la main. Un lendemain de cuite, de préférence.

Imaginez que Google soit devenue maître du monde, se soit alliée à la mafia, et que des types innocents se fassent enlever pour servir de cobayes à des expérimentations de greffes cybernétiques. Mais le projet tourne mal. La greffe prend trop bien, et le gentil père de famille devient une machine à tuer, invraisemblable salmigondis de câbles et d’excroissances métalliques, mélange improbable de créature Lovecraftienne et de Terminator.  Testsuo est un des personnages principaux de la BD culte Akira, (Otomo) un ado à problème qui se transforme en monstre, dépassé par ses pouvoirs. L’analogie est volontaire. Le résultat est détonnant. Au son de guitares électriques déchaînées et délirantes, le type est traqué, son visage en gros plan, expressions faciales exagérées, il traverse des étendues urbaines faites de béton et d’acier, où la présence humaine est réduite à une menace indicible. Les membres sont tranchés, les appendices technologiques inventent de nouvelles ombres, décadentes autant qu’inquiétantes, qui vont accomplir une vengeance sanglante.

Démesure, transe frénétique, proche du délire. Voilà un authentique film punk, sans concession, agressif sur la forme comme sur le fond. J’imagine qu’il a vieilli, au niveau visuel, il n’en reste pas moins un de ces films atypiques, authentiques, que tout cinéphile digne de ce nom se doit d’avoir vu au moins une fois. Un OFNI réellement barge et déglingué, à se mater entre potes, où l’on a le droit de jeter du pop corn cramé sur son écran tout en gueulant BANZAIII.

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