Nazis, artefacts et savants fous : Le projet Bleiberg, David S. Khara

Vous y êtes. Il fait beau, il fait chaud, les vacances approchent. Vous bouclez les valises, trousses de secours et stocks de sédatifs pour les gamins. Et là, c’est l’horreur. Vous réalisez que vous n’avez pas prévu de bouquin. Bien sûr, “Naissance” de Yann Moix vous fait de l’œil, mais il va prendre de la place et vous l’utilisez comme cale pour votre table.

Pourquoi ne pas jeter votre dévolu sur un truc cool, rapide, qui coule tout seul ? Le genre de livre facile à emmener sur la plage et à bouquiner en bikini. Je vous assure que “guerre et paix” ou “voyage au bout de la nuit” s’y prêtent mal et risquent de gâcher votre plaisir. Non, croyez-moi, ce qu’il vous faut, c’est de la détente. Arrêter un peu de se prendre la tête, et se laisser happer par un récit net et sans bavure. Un bon blockbuster, de temps en temps, ça fait pas de mal. Attention, pas un machin à la Michael Bay qui hériterait de tous les poncifs du genre, accumulant les clichés comme les mégots et les emballages sur le sable de votre coin de paradis. Pour ma part, je ne suis pas assez élitiste pour clamer que seules valent les “grandes” oeuvres, et que les machins plein d’explosions et de bruit c’est vraiment de la daube. Je ne suis pas ce genre de personnage, qui passe ses vacances dans un blockhaus de l’Atlantique en bouffant des sardines en boîte et en faisant la gueule pour protester contre ces moutons qui profitent du soleil, qui s’amusent et se baignent. Je revendique le droit à embrasser la vie, à être parfois léger, à apprendre à apprécier les choses simples. Simple ne signifiant pas simpliste. Il y a parfois du talent et du travail là où l’on ne verrait que superficialité et facilités. Un bon blockbuster, c’est de la balle, je vous le dis, c’est aussi agréable que de se faire masser le dos par une nymphe bronzée. Ceux qui n’y voient qu’une perte de temps peuvent retourner à leur planche à clous. Après tout, même les héros qui sauvent le monde, la culture et la littérature ont le droit de souffler. Vivre écorché, c’est bien mais ça fait saigner, alors gaffe à l’hémorragie. Qu’on me traite de vulgaire, de beauf, d’être grossier et lourdingue, mal éduqué, qu’est-ce que je m’en tape. La France souffre de ces écrivains de merde capable de pondre une bouillie de mille pages que personne ne lira, dans le seul but d’hériter des louanges dithyrambiques de vieux machins palmés encroûtés dans leurs sièges académiques.

Tout ça pour vous suggérer autre chose que les sempiternels Clancy, Connelly ou Musso/Levy/Pancol (sinistre triade surgie des enfers pour dominer le monde) pour agrémenter vos congés. Un récit peut être populaire, plein d’action tout en étant intelligent et en ayant du fond. Si, si. Alexandre Dumas, ça vous parle ? Ces livres sont même souvent difficiles à écrire, croyez-moi. Il est nettement plus simple d’utiliser un vocabulaire connu de 1% de la population et de cacher derrière de grandes phrases le fait qu’on a rien à dire ni rien à raconter.

Vous aurez donc compris que je ne vais pas vous présenter un chef d’oeuvre de la littérature. Mais un bouquin bien ficelé, solide sur ses bases, un page turner redoutable, comme les maîtrisent si bien les américains. Clairement, David S. Khara joue sur leur terrain et se paye le luxe de les battre. Je l’ai lu en une nuit. D’accord il est court, mais quand même. C’est ce genre de bouquin où vous vous dites “allez, j’arrête après ce chapitre” et en fait, vous vous arrêtez à contre coeur en réalisant que vous n’avez plus que trois heures pour dormir.

A quoi m’a fait penser le projet Bleiberg ? A Enigma, rien de moins, thriller historique sur fond de code nazi, écrit par Robert Harris, un type tout de même primé pour Fatherland. (Deux bouquins plus que conseillés, au passage.) J’ai aussi pensé à Indiana Jones et la dernière croisade, et un peu à Hellboy, splendide comics de Mike Mignola. On navigue ici dans les eaux troubles de la manipulation de l’histoire, à laquelle on se laisse prendre avec plaisir. Les personnages sont solides, jamais manichéens, l’écriture est rythmée, le souffle ne retombe jamais. C’est malin, inventif sans être révolutionnaire et le découpage du récit, qui alterne flashbacks, passages d’un personnage à l’autre, première et troisième personne, présent et passé composé, s’avère mortel pour vos coups de soleil. A coup sûr, vous allez oublier de vous tartiner de crème; d’ailleurs, vous allez oublier de surveiller vos gamins. Pas de panique : votre mari/conjoint avait cru survivre avec un “polar” de Bussi et a donc tout le loisir de faire autre chose que lire.

Petit bémol tout de même : les relations entre les trois personnages, parfois biscornues voire limite artificielles. Mais leur charisme et une dose d’humour rattrape le coup.

Pour terminer, sachez que Le projet Bleiberg est publié par les éditions Critic, attenantes à la librairie du même nom, sise rue Hoche dans cette belle ville de Rennes, berceau d’un collectif d’allumés du stylo : calibre 35, et sur lequel plane l’ombre démesurée de l’immense Caryl Férey. Raison de plus pour en faire votre top priorité de cet été. Si vous aimez l’espionnage, les agents du Mossad et les projets scientifiques de malades mentaux, vous allez adorer. Et en plus, il y a deux suites. (Le projet Shiro, Le projet Morgenstern, pas encore lus, sur lesquels je ne me prononce pas.)

Oubliez pas votre tube de Biafine.

1 Commentaire le Nazis, artefacts et savants fous : Le projet Bleiberg, David S. Khara

  1. merci pour cet article, qui a clairement aiguillé mon choix pour trouver un nouveau bouquin à lire.
    Je valide tout ce que tu as raconté : j’ai acheté le bouquin avant hier et je viens de le terminer. un vrai “page turner” en effet ! Bonne intrigue, bien ficelée, des bons personnages, tout ça sur fond de faits historiques; des alternances passés/présent…..bref, je me suis régalé devant ce bouquin! Merci Manu, c cool de pouvoir s’appuyer sur les conseils de ton blog ! du coup, je vais peut être me tenter “jeux d’ombre” désormais 🙂

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