Chroniques infirmières

Figurez-vous, messieurs dames et chères lecteurs et lectrices, que votre serviteur des mots, sombre rejeton de la littérature et apprenti scribouillard, est également infirmier. Si, si. Mais n’ayez pas peur, en tant que schizophrène qui se respecte, je sais faire la part des choses. Et si mes écrits vous font parfois croire qu’on devrait m’enfermer, sachez qu’ils ne sont que fictionnels, et qu’en réalité je suis quelqu’un de sympa. Un peu cinglé, d’accord, mais un gentil cinglé. Car cinglé, il faut de toute façon l’être un peu pour choisir de travailler comme IDE. (infirmier diplômé d’état)

Mon heure de gloire, en tant qu’écrivain, a eu lieu il y a cinq ans, lorsque Le monde, vénérable institution, a publié un de mes papiers sur une demi-page. J’y relatais notre quotidien d’infirmiers de réanimation et pour la petite histoire, j’étais imprimé au-dessus d’un député devenu depuis premier ministre. Ç’aura bien été la première fois qu’un IDE se retrouvait au-dessus d’un ministre, et pas à quatre pattes devant lui ou à genoux sous son bureau. Je n’irai pas plus loin dans mes sarcasmes envers mon employeur, mon devoir de réserve m’en empêche, et j’ai besoin de mon salaire pour vivre. C’est pas avec mes émoluments littéraires que je vais faire bouillir la marmite et habiller mes gosses avec autre chose que des sacs poubelles.

Bref, assez de digressions ! J’ai longtemps rechigné à écrire sur mon métier. Ce que j’aime, c’est la fiction, le fantastique, les monstres qui sortent des placards. Je suis IDE le jour et écrivain la nuit – à moins que ce soit l’inverse -, et j’aime compartimenter mes deux vies. Mais là, désolé, j’en peux plus, et nécessité fait loi. J’en ai assez qu’on ne comprenne pas le métier d’infirmier, assez qu’on ne soit pas considérés à notre juste valeur, assez qu’on soit manipulés par tout un chacun, assez que cette société pour laquelle on travaille et à laquelle on torche le cul ne s’intéresse à nous que quand on se trompe, ou pour nous dire qu’on coûte trop cher. Les IDE ne sont ni des pigeons, ni des nonnes. Ce sont des professionnels consciencieux, responsables, impliqués et dévoués, qui aiment leur métier et leurs patients. Mais rien ne dit que ça va durer…

A travers mes chroniques, je vous propose de venir voir ce qui se passe derrière les portes closes de nos hôpitaux et de nos cliniques. Je ne vous cacherai rien, et j’espère vous faire partager un peu de notre quotidien. Les bruits, les odeurs, les visions en moins. Si je fais bien mon boulot d’écrivain, votre imagination fera le reste…

1 Commentaire le Chroniques infirmières

  1. Les expériences que tu nous décris sont touchantes, je pense qu’une grande partie des soignants oublient (ou s’en donnent l’image) la place primordiale qu’a l’ “humain” dans nos métiers.

    Il me tarde la publication de tes prochaines chroniques. Tu as les mots pour décrire ce que nous voyons très souvent, et je m’incline devant l’initiative de démontrer ton / notre dévouement pour cette vie que nous avons choisie.

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