Spider shit

Je suis un super héros, et je suis aussi un sale connard. Je touche le fond et tout le monde s’en fout, je n’intéresse plus personne; même ce fils de pute de Batman n’est pas venu me voir depuis des mois. je me suis endetté avec un usurier russe de little Odessa pour un nouvel I-phone mais aucun de mes anciens potes ne m’appelle dessus. Je suis là, vautré dans ma fange et ma dépression, à regarder fixement ce bel écran où rien ne se passe. Même les flics ne m’appellent plus; et pour cause, j’ai éradiqué le crime. Ouais, yeepee, super ! Ouais, sauf que du coup, je n’ai plus de raison d’être. J’ai chassé tous les méchants et je ne sers plus à rien. Alors, je picole; et pas qu’un peu. Je peux te dire qu’un super héros, ça a une super soif, et que je descends sec. Du whisky, du rhum, de la vodka, même du gin, n’importe quoi qui fait plus de 30°, n’importe quoi pour me faire décoller.

Oh ouais, j’ai toujours mes supers pouvoirs. Des fois, quand je suis vraiment déglingué, je saute sur les façades des immeubles et je vais mater des gonzesses qui se désapent dans l’intimité de leurs appartements de Manhattan. J’astique mon super dard dans la nuit glaciale, et puis je rentre dans mon taudis et je me réveille le lendemain, la gueule collée par terre par le vomi séché. Je me lève et je tremble, je prends pas la peine de me changer pour me traîner au 7/11 du coin. Le gérant s’appelle Vakesh, c’est un hindou; il croit qu’en m’aidant à me détruire, il s’assure un bon karma. Quel sac à merde. Sur les cent yards qui me séparent de l’épicerie, je redégueule, et les gosses me jettent des caillasses en rigolant ou me montrent leurs culs, et me crient que Hancock est plus classe que moi. Je les insulte, je bave et je tangue, et les mamans outrées parlent d’appeler les flics. Bande de putes; elles étaient pourtant bien contentes de me voir, du temps où je surgissais pour démonter les sales racailles qui voulaient les violer ! Mais voilà, maintenant je suis un indésirable. Je gêne le paysage, relent d’une époque oubliée où les gens flippaient de sortir dans la rue. On ne veut pas ses souvenir des mauvais instants, relégués dans les oubliettes des mémoires.

Je fais le plein de bouteilles et de chips et je rentre chez moi sans traîner; chez moi : une chambre de bonne minable, que la mairie m’a royalement offerte, au trentième étage d’un HLM du queens. Les murs suintent et la moquette est cramée par les boulettes de shit, infestée de bestioles en tous genres. Ça sent les ordures et l’eau du bang qui a tout imprégné; un cloaque infâme. A peine arrivé là-dedans, j’ouvre une première boutanche et j’en descends la moitié pour calmer mes sueurs. Je ressasse mes souvenirs d’antan, quand je me frittais avec le bouffon vert et que les new-yorkais me dressaient des statues. Putain, je m’en suis fait tailler des pipes entre Broadway et la 5ème avenue ! A l’époque, on voyait mon image sur Times square et spike Lee m’offrait des billets au madison square garden. Même le président voulait poser avec moi ! Aujourd’hui, eli Manning ne retourne plus mes appels et les flics me tabassent si j’approche de central park. Je me souviens encore, quand on m’a sorti cette connerie, comme quoi avec de grands pouvoirs, venaient de grandes responsabilités. Ouais, bin si j’avais su, mon pote, je vous aurai tous laissé crever la gueule ouverte. Je les ai assumées, mes responsabilités ! Et ça m’a valu quoi ? Hé bin, ça : mes yeux rouges et vitreux, mes addictions; moi exposé au MOMA, sur une toile qui s’est vendue 11 millions de dollars chez Christie’s. Sur ce tableau, on me voit en train de me gratter les couilles sur mon canap’ véreux en matant les Giants se faire défoncer. L’artiste qui a peint cette saloperie l’a intitulée “Ruins of NYC”. L’enculé. Après ma deuxième bouteille, je pleure et après la troisième, je rêve d’aller lui foutre la gueule à l’envers dans son beau loft de bobo hipster de Williamsburg. Mais au lieu de ça, j’ouvre la quatrième bouteille.

Mais un jour, ça va changer. Maintenant, j’ai la haine. J’ai commandé un tas de bouquins sur amazon à propos du développement personnel, du coaching mental et j’ai même commencé – OK, j’ai juste ouvert la première page – l’art de la guerre de Sun Tzu. Puisque tout le monde s’est foutu de ma gueule, et que je me suis retrouvé obligé de vendre du crack pour survivre, j’en veux à la terre entière; dès que j’irai mieux, je me remettrai au sport, je retrouverai la pêche. Et je reviendrai pour dominer le monde. Oh ouais, baby, ça va swinger sur le pont de Brooklyn; attends un peu, ça va venir. Je vais d’abord aller voir Vakesh et refaire le plein; je vais m’en jeter encore quelques uns. Mais après, promis, ça va saigner. Tremble, New york, je vais revenir et je vais te déchirer ta race.

 

1 Commentaire le Spider shit

  1. C’est très bon, j’adore.
    W.

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