Un cynisme sans nom

Un auteur célèbre se tient comme il peut sur un tabouret de bar qui vacille, vautré à côté d’un de ses potes éditeurs ; le genre de soirée qui sent le tabac froid, la lumière faiblarde et les aigreurs d’estomac.
Ils s’ennuient, ils sont bourrés, et déblatèrent sur les bouquins de merde qui cartonnent à la vente.

Quand soudain, l’auteur célèbre reçoit un coup de poing derrière la tête, là où le frappe toujours l’inspiration, quand lui vient une idée géniale.
Il propose un pari à son pote éditeur : il lui dit qu’il va écrire un bouquin, mais pas n’importe lequel.

Ce sera la pire chiasse que la main de l’homme n’ait jamais créée, un livre dont les lignes auront été écrites à la pisse au lieu de l’encre, dont l’histoire minable et ridicule tiendrait sur un timbre poste, accumulant poncifs et redites, clichés et scènes vues mille fois dans les films cultes caractéristiques de notre inculture. Un livre dont les personnages seraient aussi épais que la feuille de papier cul avec laquelle irait se torcher l’auteur célèbre en écrivant ce grand livre de l’imposture et de la dérision. Mais pour parfaire le tout, il irait faire réécrire les 500 pages interminables par son neveu trisomique de 10 ans à qui il ferait picoler du bourbon.

Et il parie à son pote éditeur que le livre va cartonner, et faire plusieurs suites, et qu’ils vont bien se marrer, et prouver à quel point le monde de la création et de l’édition a sombré dans le néant. Et puis, ils vont se faire un paquet de thunes, par-dessus le marché, ce qui ne gâche rien.

Pour ma part, il m’aura fallu 190 pages pour mettre à jour le pari cynique quoique rigolo, inscrit en filigranes dans les pages vides du livre sans nom, écrit par un auteur célèbre -et talentueux- resté anonyme.

Belle réussite, Monsieur, je vous tire mon chapeau. Magnifique.

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