Le professeur Mortimer flingue un ange

C’est sous ce titre poétique que j’ai choisi de vous présenter ma dernière lecture en date : Les anges de New york, de R.J. Ellory. Les anges en question sont les flics -ouais, déjà rien que ça, c’est zarb- du NYPD, en tout cas une unité spéciale, spécialement barge et corrompue (genre The Shield) qui a sévi dans les années 70. On y cause notamment du célèbre casse de la lufthansa, pas encore élucidé à ce jour. Si vous avez vu les affranchis, (goodfellas, du Dieu Scorcese) vous allez aimer. (“I don’t shine shoes no more.” et patati patata, regardez comment je fais fondre une gousse d’ail dans un filet d’huile d’olive, avant de buter deux trois types à coups de latte et de me fourrer le nez de coke quasi pure. )
Mais si vous n’avez pas vu les affranchis, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Laissez choir le bouquin et allez le télécharger l’acheter sur un support légal et le visionner immédiatement.

Maintenant que vous avez vu le film, laissez tomber, il n’y a presque aucun rapport avec le bouquin, à part l’allusion susdite au fameux casse. D’ailleurs, l’intrigue ne se déroule pas dans les années 70 mais de nos jours. Enfin bref, l’article qui suit vous relate ma lecture de ce bouquin. Cherchez pas de note (sur 5, sur 10, sur 20 ?) ou d’étoiles, il y en a pas. Si vous voulez savoir si c’est bien, vous avez qu’à le lire. Et sinon, allez regarder les affranchis; aucun rapport donc, mais bordel qu’il est bien ce film.

 


les anges de new yorkNYPD blues

Bon, et voilà, le métro m’avait mené à Williamsburg, sur Bedford Avenue ; le type qui m’avait envoyé là s’appelait R.J. Ellory, avait l’air trop sympa pour être honnête -une sorte de professeur Mortimer qui se serait fait foutre à la porte de sa colloc’ par son vieux pote Blake- et m’avait dit que je devais rencontrer Franck Parish au Spike Hill, un bar du quartier. Il pleuvait, je me caillais, j’avais pas prévu de parapluie et mes pompes en daim absorbaient l’eau comme deux grosses serpillières. Trouvant le bar, je m’y engouffrais pour me protéger du temps cataclysmique. C’était un rade du même genre que tous ceux que j’avais vu jusqu’à présent le long des pages de polars ; un long comptoir en bois fumé, des chromes clinquants, une atmosphère de vieille Irlande qui baignait dans le whisky sec et la cornemuse. Je secouai la flotte qui m’avait trempé, comme un vieux chien galeux qu’on aurait oublié dehors, et commandai une eau gazeuse avec une rondelle de citron ; le patron m’a servi en me regardant d’un air louche. Pas vraiment la commande typique. En retour, j’ai reçu de l’eau plate dégueulasse sans citron mais avec des trucs qui flottaient en surface.

Et là, j’ai attendu Franck.

J’aime bien les gens qui s’appellent Franck, en général ; j’ai un bon pote qui s’appelle comme ça. Et puis mon psy aussi, s’appelle comme ça. C’était un autre de mes potes -j’en avais plein, des potes- qui s’appelait Keith Ablow, qui m’avait présenté au fameux Franck Clavenger, le meilleur psychiatre de New York. En réalité, un toxico qui avait le chic pour tremper dans des affaires de meurtre sordides. Mais je l’aimais bien quand même. Et puis, il y avait Franck Thilliez, qui touchait sa bille quand il s’agissait d’un stylo. Sans oublier Franck Gore, le running back des San Francisco 49ers. Alors je partais d’un bon à priori, je me disais que j’aimerai bien Franck Parish. Et il s’est pointé avec fracas, en gueulant à tue-tête, et il avait une sale gueule. Il était bourré avant même d’ouvrir la porte, et après ce fut pire. Il descendit deux bouteilles de Bushmills sans sourciller et sans bégayer, et sans essayer de me taper dessus, sans même sortir son flingue de service. Ça m’a plus, vraiment. Il a tout foiré dès les deux premières pages et s’est attiré ma sympathie. Je lui ai dit :

-Bon dieu ! Franck ! Va prendre une douche, putain, tu sens le dégueulis et la charogne ! Et il m’a répondu d’une voix grave :

-Ouaip, petit, je sens comme la pourriture du monde, mais je me doucherai quand j’aurai le temps. J’ai des ados innocentes à sauver, une psychiatre à analyser et le fantôme de mon père me met des coups de pied au cul. Le monde est dégueulasse, et j’ai les boules, mon pote.

J’aimais bien Franck Parish. Il était connard mais sympa, n’avait pas la langue dans sa poche, et il  était à deux doigts de se faire virer du NYPD. C’était un mec traumatisé mais intègre, et on sentait bien qu’il courait vers sa propre extinction. Ça me déplaisait pas, de parcourir Brooklyn avec lui, et de décortiquer le passé ravagé et honteux d’une police pourtant glorieuse. Pendant 500 pages, on s’est aimés, on a bu des coups ensemble, j’avais de grandes espérances.

Et puis, sans crier garde, Franck Parish m’a trahi. Le sale fils de pute, il a tout foutu en l’air, comme ça, gratuitement. Il a fait absolument n’importe quoi, le genre de truc qui dans la vie te ferait crever les tripes à l’air, mais il n’est pas mort ; pire que ça, il a réglé ses problèmes d’alcool et d’oedipe, s’est racheté une conduite, a sauvé le monde, qui en guise de merci l’a envoyé se faire foutre ; et en réponse, il a dit qu’il était content, et tous ses amis réunis étaient contents aussi. Ainsi à la fin, tout le monde était content, et si l’humanité était une saloperie, elle était quand même drôlement chouette, finalement. Même le bon Dieu s’en est mêlé, et les bons sentiments se sont mis à dégouliner le long des dernières pages, mièvres et insipides, rêches et douloureuses comme le crucifix qu’un curé enfonce dans le cul d’un gosse.

Et merde, Franck, pourquoi il a fallu que tu fasses tout foirer, mon pote ? Je me plaisais bien, avec toi ! Alors OK, ton brouhaha et tes fulgurances m’ont permis d’aller au-delà de seul le silence, mais c’est pas encore ça. Pas encore assez noir et désespéré pour mes goûts. Pas encore à la hauteur de la réputation d’un auteur soi-disant très sombre. Alors, il va falloir que je retourne voir ton mac, RJ Ellory, et que je lui demande des comptes ; laisse tomber le vernis, professeur Mortimer ; va trouver ton vieux pote Blake et fous lui donc ton pied dans le cul, mets lui ton flingue sur la tempe et appuie sur la détente ; et là, on deviendra vraiment potes, j’en suis sûr.

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